Le geai, Rien pour rien (022)

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Le geai n’est pas devenu tout bonnement un bel oiseau remarquable et bruyant. C’ était un oiseau doux, timide et discret qui voulait être surprenant, intelligent et fort. Des aventures difficiles lui ont donné des ailes aux plumes bleu clair, un croupion blanc, un bec noir et  un comportement brutal. Lisez dans ce nouveau conte de fées ce qu’il a dû faire pour cela.
Un jour, en Flandre un oiseau d’un brun clair discret perchait silencieusement sur une branche en grommelant. Soudainement il entendit une douce voix à côté de lui: «Pourquoi grognes-tu ainsi petit geai ? » L’oiseau n’en croyait pas ses yeux lorsqu’il vit une frèle apparition transparente debout devant lui sur  une petite branche. «Qui es-tu? » demandait-il.
« Je suis une fée. Pourquoi es-tu si mécontent? Je te trouve mignon et vois que tous les oiseaux sont fous de toi. « 
Le geai répondit sombrement: « Je ne fais pas vraiment partie de ma famille, les corbeaux. Je suis laid, stupide et faible. Ma vie serait beaucoup plus agréable si j’étais beau, remarquable, intelligent et fort. « 
La petite fée montrait sa baguette magique et lui dit: «Je réalise tous tes rêves, tout est possible. Dis-moi ce que tu veux. « 
Le geai rayonnait. «Je veux un plumage coloré, avec du bleu vif sur mes ailes et des plumes blanches qui attirent l’attention quand je vole. Et,  continua-t-il timidement, « un gros bec et des poils sur ma tête comme les hommes, bien peignés vers l’arrière. »
« O. K. »  dit la petite fée, « mais pour chaque voeu tu devras endurer une aventure difficile. Rien pour rien. Tu vois cette montagne là-bas? Si tu cherches bien, tu y trouveras ta belle couleur bleue. Envoles-toi ensuite vers la ville dans la vallée et picore les cheveux peignés des hommes. Mais va d’abord dans la mine de charbon et creuses y en profondeur. »
L’oiseau regardait la fée plein d’incrédulité. «Merci beaucoup. Je ne veux pas paraître ingrat, mais je voudrais aussi être fort et intelligent comme les autres corbeaux, afin de ne pas souffrir la faim pendant l’hiver. »
La fée lui dit en souriant: «Ne t’inquiéte pas, petit geai, je m’en occupe. Maintenant, va.»
Dans la mine de charbon le geai piochait avec difficulté dans la pierre noire mais après quelques heures il n’était arrivé qu’à un bec de profondeur. Il maudissait à haute voix la fée, qui tout à coup se trouva souriante devant lui.
«Je t’ai pourtant dit: rien pour rien. Arrête et va choisir tes couleurs sur la montagne. »
Cette montagne était beaucoup plus haute qu’il ne le pensait, l’air s’y faisait rare. Épuisé et à bout de souffle, il arrivait au sommet. Fier d’avoir supporté le voyage infernal, il voyait qu’il y avait de la neige sur ses plumes. Juste en dessous du sommet se trouvait un superbe lac, à la couleur bleu clair dont il rêvait. Le lac lui donnait sans hésitation le bleu pour ses ailes. Fou de joie il poursuivait son voyage vers la ville et allait se reposer sur une haute tour. «La ville est comme une fourmilière», pensait-il à haute voix «les hommes marchent en de longues queues les uns derrière les autres et disparaissent dans leurs terriers ou tunnels sous le sol. »
Il volait vers un endroit ensoleillé où ils étaient tous assis ensemble et allait se percher sur la tête d’un homme aux cheveux peignés en arrière. Il voulait attraper les cheveux, mais recevait quelques coups et  pouvait s’échapper de justesse. Pendant des jours il restait assis dans les arbres autour de la place pour trouver une ruse. Lorsqu’ un homme somnolait au soleil, il se précipitait en bas pour voler en un seul mouvement une mèche de cheveux.
Enfin, heureux il retournait à la maison, où la fée l’attendait déjà dans son arbre. « Satisfait? »
«Oui, oui, très j’ai le blanc de la neige, le bleu du lac de montagne, le noir du charbon et de beaux cheveux. Mais je veux aussi devenir intelligent et fort. « 
La fée souriait: «Viens, regardes-toi dans l’eau. »
Le geai était déconcerté. Il voyait un grand oiseau fort avec des yeux pétillants et un beau plumage bleu, noir, blanc et brun. Il avait grâce aux nombreux vols et au travail acharné, obtenu une large poitrine et un grand bec fort et noir qui paraissait encore plus grand  à cause de la bande noire de chaque côté.
«Et intelligent, tu l’es aussi geai, sinon tu n’aurais pas cette belle chevelure noire sur la tête. Tes souhaits sont exaucés, je m’en vais maintenant. Et tu sais, je t’ai laissé la belle couleur brune d’avant sur ta poitrine et ton ventre, en souvenir de qui tu étais autrefois. « 
La fée partie, le geai croassa très fier.

Le geai fait partie de la famille des corneilles, tout comme la pie, le choucas et le corbeau. Il était nommé longtemps « le geai Flamand »  mais suite à une nouvelle classification il reste uniquement « geai ». Ce sont des oiseaux forestiers timides. Tous les animaux de la forêt utilisent son alarme. Ces oiseaux intelligents et effrontés migrent de plus en plus vers les villes et villages à cause des chênes qui y poussent de plus en plus. Ainsi ce sont de véritables «forestiers»: en automne, ils enterrent pour l’hiver, une provision de glands dans la forêt ² dans les jardins. Des glands oubliés poussent des milliers de chênes. Ainsi tout va bien avec ceux-ci dont la croissance continue sans cesse.

 

© Els Baars, Natuurverhalen.nl